Chroniques Equinoxiales  

7 décembre 2000

Regardez, là-haut, Monsieur !

Je lève les yeux vers la nuit, suivant ce doigt si péremptoire, c'est donc l'astre blanc qui s'enfuit, offrant à l'hiver sa première victoire. La lune d'équinoxe s'efface en un pâle soupir et l'automne, d'un coup, poudre la forêt d'ocres et d'ors. Les grandes marées se sont adoucies, les pêcheurs à pied se sont assoupis. L'été, cette fois, a en bien fini de mourir ; trombes d'eau et frimas frissonnant sur nos échines fléchies plantent un glacial décor.

Finis, flonflons ! Adieu, cigales ! Poitrines nues et teints hâlés cèdent la place aux pashminas emmitouflés. Adieu pétanque à l'Amicale ! La Provence s'endort, abandonnée, quand les feux s'avivent dans les carnotzets.

Adieu fête estivale ! Sonnez trompettes, tintez cymbales ! Après le farniente du pécheur, laissons la place à la ferveur. L'équinoxe s'éloigne avec la lune et son dernier croissant qui s'effiloche à chaque instant. De préparer le vin chaud il est grand temps tout comme de garnir de cadeaux les calendriers de l'Avent.

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1er octobre 2000

A Emile Verhaeren
A Kiu

L’équinoxe est là, Monsieur…

Et avec elle les grandes marées, par la houle et le vent portées, ce vent qui affole, regard mauvais, les moulins fous, désemparés, campés dans la glaise, agrippés, cambrés dans l’effort, tétanisés, tremblant au sommet des falaises, bras disloqués…

Les moulins fous fauchent le vent, sciant la gueule au firmament, gouffre béant ; et rouge. Leurs soliloques cliquetants, effraient le vol des cormorans, zébrures blanches ; et grises. Un vieil ivrogne, regard souffrant, trinque à la vie et pisse au vent, d’un jet épais ; et âpre. Un paysan s'enfuit en courant, sueur fétide, souffle sifflant, traînée couarde ; et noire. Les moulins fous fauchent le vent, hurleurs vaincus, agonisants, vies déchirées ; et vides.

La nuit l’emporte, adieu lumière ! Franchie l’équinoxe, passée la frontière. Les moulins fous ne sont plus qu’ombres. L’estran s’enfonce dans la pénombre, la lune même n’ose briller de peur de se faire remarquer. L’hiver s’approche, la pluie triomphe ! Dans sa tanière, emmitouflé, le scribe frotte ses doigts gourds, tombe la plume sur l’écritoire, cesse le fil de la chantefable, et s’approche de l’âtre en maugréant… les moulins fous fauchent le vent.

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28 août 2000

Vous nous quittez bientôt, Monsieur ?

Vois-tu j’hésite encore, fidèle serviteur. Les hommes m’ont frappé certes, pour obéir à l’orgueil qui les guide aveuglés. Mais n’ai-je point laissé la fierté me surprendre et ouvert mon flanc nu à leurs viles attaques ? Sous couvert du devoir ils ont caché perfides leurs desseins venimeux. Mais leur suis-je meilleur, à pleurer mon destin ?

Partir, éloge de la fuite, vers des terres fertiles, des destins reconstruits. Comme j’aimerais ce soir glisser avec mes chiens sur un traîneau frileux vers les pistes du Nord. Partir, symphonie fantastique, hautbois audacieux dansant un pas léger. Ecoute ce chant clair, comme il perle à fleur d’âme d’un souffle conquérant. Partir, barque quittant la grève, gravant dans son sillage un sourire moqueur. Regarde ce marin comme ses mains puissantes ont forgé son destin. Partir.

Pour revenir un jour ? En cherchant vos visages et leurs mille sourires à jamais disparus ? Pour errer en silence, perdu sans réconfort à l’aube de la mort ? A quoi bon remplacer ma souffrance intérieure par la douleur béante de nos destins déchirés ?

Non, Flavius. Je ne partirai pas. Car vous êtes là tous, serrés autour de moi. Cela me donne la force de relever la tête. Car demain, grâce à vous, j’aurai cessé de souffrir. Sans oublier pourtant.

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Mise à jour : 15 octobre 2002
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